Ecrits de l’artiste

Longtemps ma peinture fut lisse et bien nette, géométriquement et intellectuellement sous contrôle. Je m’en suis progressivement lassé. Parallèlement, m’est venue l’idée de travailler la matière, de la rendre sensible. Alors, tel le volcan resté trop longtemps sage et qui brusquement éructe sa lave, ma peinture s’est libérée de ses amarres, et j’ai découvert tout l’intérêt créatif d’une expérience nouvelle. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que je puis prendre un support de carton, déchirer une bande plâtrée, la recouvrir de couleur, la gratter pour retrouver le plâtre, l’enduire à nouveau et la regratter, et cela jusqu’à ce que la forme, la densité et la couleur me satisfassent le plus. Jusqu’à concrétiser au mieux l’esprit de la matière.

Février 1985.

Le choix des matières.

Le choix des matières est déterminant pour l’élaboration future du tableau. Il faut que d’emblée elles suscitent en moi une émotion. Elles m’inspirent pour ce qu’elles ont à dire, pour leur écriture au travers de leurs déchirures, de leur noble usure, de leurs écorchures. Une simple pliure, brisure, tache ou trace, et c’est le début de l’œuvre. Les matières sont à la fois tout un univers, toute une histoire, tout un passé. La main de l’homme les a utilisées, ensuite laissées pour compte. Moi, je tente de les anoblir. En les insérant dans le tableau, où ils vont revivre intensément, ces objets de rebut deviennent paradoxalement source de contemplation.

Novembre 1987.

 

L’attrait de la matière

Sans doute, à la réflexion, dois-je redouter la blancheur peu inspirante de la toile apprêtée. D’où le besoin de récupérer des objets de rebut, des matériaux usagés, qui me procurent un support et une émotion utilisables d’emblée, et qui traduisent parfaitement l’usure, l’expression du temps qui passe.

C’est ainsi que mon premier acte créatif réside dans le ramassage sélectif, dans le choix de l’objet récupéré, qui sera assimilé et intégré dans une future composition. Ce qui importe est la prégnance de l’objet qui préexiste à mon intervention.

Les matériaux récupérés représentent à la fois tout un univers, toute une histoire, tout un passé. La main de l’homme les a utilisés, ensuite laissés pour compte. Moi, je tente de les anoblir.

L’idée de sacraliser en quelque sorte le rebut me séduit. Cartons, plâtres, papiers peints, roofings, ardoises, … me procurent par le biais de leurs formes, couleurs, textures, grains et pliures un fabuleux potentiel sensible et poétique. De plus, lorsqu’ils sont détournés de leur statut originel, les objets récupérés deviennent un précieux équivalent plastique apportant une esthétique imprévue et insolite.

Depuis peu, mon intérêt s’est porté sur les vieux livres. Je rassure de suite les amoureux de ces précieux objets : je n’ai eu aucun scrupule à les désosser complètement, tellement ils étaient détériorés, au point d’être devenus illisibles.

J’ai cependant ressenti en moi un sentiment très particulier lors du débrochage de ces livres, très différent de celui qui est le mien lors de l’utilisation de substances plus rudes. Il s’est produit alors une sorte de prise de conscience d’un recours à un matériau beaucoup plus noble, porteur souvent d’un passé remarquable, qui a raconté toute une histoire, et apporté l’imaginaire. Parfois naît en moi l’impression de manipuler des reliques, empreintes d’une valeur émotive supplémentaire…

Non daté.

 

De aantrekkingskracht van de materie

Waarschijnlijk heb ik bij mezelf een afstandelijkheid ervaren tegenover de weinig inspirerende blankheid van het kant-en-klare linnen doek. Vandaar mijn behoefte om afgedankte voorwerpen te recupereren die door hun slijtage perfect de erosie van de tijd op de dingen weergeven.

Mijn eerste creatieve daad bestaat erin selectief tewerk te gaan bij het verzamelen van de voorwerpen. Het gerecupereerde moet geassimileerd en geïntegreerd worden in een van mijn volgende composities. Wat van belang is, is dat het voorwerp op zichzelf al kernachtig genoeg is alvorens ik mijn ingreep toepas.

De gerecupereerde materialen stellen zowel hun ganse wereld als hun eigen verhaal voor. Ze werden door mensenhanden gebruikt om daarna gedumpt te worden. Ik veredel ze.

De gedachte alleen om dat uitschot, die afval, te sacraliseren bekoort me. Karton, gips, behangpapier, roofing, leien … bezorgen mij doorheen hun vorm, kleur en oppervlaktestructuur een enorm potentieel aan sensitieve poëzie. Daarenboven wordt het gerecupereerde voorwerp , eenmaal ontdaan van zijn originele status, op zichzelf een kostbaar plastisch equivalent met een onverwachte en ongebruikelijke esthetiek.

(vertaling Rudo Bellefroid).

Non daté.

 

Matières,

Matières pauvres, rebuts, déchirures
Matières brutes, débris, gerçures
Matières humbles, fanées et fragiles

Marques du temps, d’épreuves et d’angoisses
Nostalgies, ressentiments, colères ?
Sans doute
Mais aussi

Matières sensibles traduites en poèmes
Stigmates ornés par-dessus les blessures
Pour transcender, apaiser et dire
Une vie nouvelle.

Sans doute, à la réflexion, dois-je redouter la
Blancheur peu inspirante de la toile apprêtée.
D’où le besoin de récupérer des objets de rebut,
Des matériaux usagés, qui me procurent un
Support et une émotion utilisables d’emblée.
Je pratique ainsi un travail d’appropriation
Qui traduit parfaitement l’usure, expression
Maximale du temps qui passe.

Mon premier acte créatif réside dans le
Ramassage sélectif, dans le choix de l’objet
Récupéré qui sera assimilé et intégré dans une
Future composition. Ce qui importe est la
Prégnance de l’objet qui préexiste à mon
Intervention.

Religieusement observer
Grains, taches et pliures
Autant de plaies et de cicatrices
D’un vécu, d’une mémoire
A glorifier
Tons graves et accords profonds
A orchestrer
Pour une musique sacrée.

L’idée de redonner une noblesse à des objets
Apparemment humbles, à sacraliser en quelque
Sorte le rebut, me séduit. Cartons plâtres, papiers
Peints, roofings, ardoises… me procurent par le
Biais de leurs formes, couleurs, textures et grains,
Un fabuleux potentiel sensible et poétique.

Ni ombre ni opacités
Somptueux, francs et de lumière
Nobles et profonds
Les noirs sont des couleurs royales.

Je me sens proche du Sabi, ancienne esthétique
Japonaise, où l’on se laisse fasciner par la rouille,
La platine, par les choses saisies au moment de
Leur effacement. Où l’on aime le temps qui altère les formes.

L’usé va me permettre d’exprimer une force –
Provenant de l’inattendu des surfaces avilies –
Ou au contraire une grande sérénité. Lorsqu’il est
Détourné de son statut originel, l’objet devient un
Précieux équivalent plastique apportant une
Esthétique imprévue et insolite.

Chercher
La forme qui veut naitre
La couleur qui sourd
Le grain qui rend sensible
La lumière.

2005